Même si les traductions entre la France et l’Allemagne jouent un rôle important dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS), les données récentes montrent que celles-ci restent relativement peu fréquentes entre les deux pays. Grâce aux chiffres fournis par le Syndicat national de l’édition (SNE) en 2024/2025, on constate la place réelle des traductions franco-allemandes dans l’édition.
Les traductions du français vers l’allemand
Les données du SNE montrent que 8 % de la production éditoriale française est traduite en allemand, un chiffre qui place l’allemand derrière l’espagnol (11 %), l’italien (10 %) et le chinois (9 %). Donc même si l’allemand occupe une place importante, elle n’est pas une langue dominante dans la diffusion internationale des ouvrages français.

Malgré l’intérêt que les lecteurs allemands portent aux sciences humaines et sociales françaises, plusieurs facteurs continuent de freiner la traduction du français vers l’allemand. Pour commencer, le coût de la traduction : traduire des œuvres spécialisées en SHS nécessite des traducteurs qualifiés, ce qui amène des dépenses élevées pour les maisons d’édition. Il y a ensuite fait que les lecteurs de ces ouvrages restent relativement restreints et spécialisés, ce qui limite les perspectives de rentabilité.
De plus, les ouvrages français doivent faire face à la concurrence importante des traductions espagnole, italienne, chinoise et anglaise sur les mêmes thématiques. Ce qui laisse donc moins de place à l’allemand.
Les traductions de l’allemand vers le français
Les ouvrages traduits de l’allemand vers le français représentent 4,4 % de l’ensemble des traductions publiées en France. Ce chiffre place l’allemand loin derrière l’anglais (58 % des titres traduits) et le japonais (19,5 %), mais légèrement devant l’italien (3,8 %) et l’espagnol (3,3 %).

On constate donc que le marché est dominé par la production des pays anglophones. Face à cette domination, les ouvrages allemands ont du mal à trouver une place équivalente, même si leur qualité est reconnue par la France.
La culture universitaire est plus ouverte à l’anglais qu’à l’allemand. Cela contribue aussi à expliquer le faible volume de traductions depuis l’Allemagne. Les étudiants, chercheurs et éditeurs ont davantage accès aux travaux anglais, ce qui réduit automatiquement la demande pour les ouvrages scientifiques allemands.
Les publications allemandes s’adressent donc à un public relativement limité car le marché dissuade les éditeurs d’investir dans des traductions coûteuses, surtout lorsqu’il s’agit de langues moins « rentables » que l’anglais.
Pour conclure, on voit bien que l’Allemagne s’intéresse plus à nos livres que l’inverse, même si les échanges restent faibles des deux côtés. Entre la domination de l’anglais et le prix élevé des traductions pour un petit nombre de lecteurs, il est de plus en plus difficile pour les idées françaises et allemandes de circuler.
Mathis Moukachar
