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Les relations entre les dialectes frontaliers français et allemand 

Aujourd’hui, l’un des systèmes les plus importants, qui nous sert le plus dans notre quotidien est la communication. Comment communique-t-on ? Grâce à la langue, que ce soit à l’échelle régionale, nationale ou internationale. Mais, en parlant de l’échelle régionale, saviez-vous que parmi les 7 000 langues déjà existantes dans le monde, l’UNESCO constate que 2 500 d’entre elles sont en danger ? Parmi les 7 000, on compte des langues influentes comme l’anglais, mais aussi des langues qui ne sont parlées que par quelques dizaines de personnes, qu’on qualifie de dialectes. Et parmi celles qui sont les plus menacées, on nomme les dialectes qualifiés de langues minoritaires, en opposition avec les langues majoritaires. 

Prenons le cas particulier de l’alsacien. Saviez-vous que d’après l’OLCA (Office pour la Langue et des cultures d’Alsace et de Moselle), il y aurait une baisse d’environ 50% de la population parlant alsacien sur un siècle ? En 1900, 95% de la population le parlaient contre 61% en 2001, et le chiffre est encore en baisse. 

Une problématique fondamentale s’impose : comment le paradigme monolingue cause-t-il une diminution des locuteurs de dialectes ? On verra dans cet article les raisons et les conséquences de cela, et ce que nous pourrons faire pour les sauver. Et nous étudierons ici plus précisément le cas du dialecte au niveau de la frontière franco-allemande.  

  1. Les raisons 

Pour commencer, définissons ce qu’est le paradigme monolingue et ce qu’est la distinction entre une langue et un dialecte.

Pour faire simple, un paradigme monolingue, c’est un monde dans lequel il n’y a qu’une seule langue dans une société. Et comment distingue-t-on la langue d’un dialecte ? C’est très difficile à déterminer, car sur l’aspect linguistique, ces deux systèmes ont les mêmes caractéristiques. C’est plus différent sur le plan géographique. Une langue serait généralement utilisée à l’échelle nationale et un dialecte de manière régionale ou locale.

Pour en revenir au problème, pourquoi le nombre de locuteurs de dialectes diminue-t-il ? Nous allons étudier les raisons potentielles de cette perte et, avec cela, déceler pourquoi le nombre de locuteurs alsaciens diminue aussi.

  • Mondialisation : ce processus se définit comme une accélération des échanges entre plusieurs pays, que ce soit au niveau économique, social ou politique. Un pays qui fonctionne à l’échelle nationale devient mondial, mais pour ce faire, il faut que les pays partenaires se comprennent, il faut donc choisir une langue d’entente. Aujourd’hui, la langue internationale est l’anglais. Au lieu d’apprendre la langue de l’autre pays, il est plus facile de parler l’anglais, une langue que tout le monde est censé parler à l’échelle internationale. On voit ici donc une domination de l’anglais. 
  • Urbanisation / colonisation : L’urbanisation se définit comme la nécessité pour des populations de se déplacer vers des zones urbaines de s’adapter à la langue locale. D’autres vont même jusqu’à l’exil dans d’autres pays, donc il est impératif pour certains d’apprendre la langue du pays. La colonisation, c’est ce qu’il se passait auparavant et encore aujourd’hui, des nations qui se battent pour avoir des terres. Le colonisateur prend possession des terres, et le peuple colonisé doit donc se soumettre au colonisateur. Il y a soit un mélange de langues entre les deux peuples, soit, comme la plupart du temps, une domination de la langue du colonisateur. 
  • Stigmatisation : suite à la colonisation d’un pays, la langue dominante parlée par les colonisateurs deviendra la langue majoritaire et officielle dans la plupart des cas, ce qui mènera à la perte de la langue d’origine par la stigmatisation. Quand il y a une langue officielle, il est souvent mal vu de parler les langues minoritaires, alors les parents ne transmettent plus leur langue d’origine à leurs enfants, pour permettre aux futures générations de bien s’intégrer, ou, dans certains cas, les dialectes deviennent les cibles des stéréotypes ou sont vus comme « langues du passé », donc le nombre de locuteurs s’affaiblit.
  • Politique linguistique : qu’est-ce qu’on entend par là ? La politique linguistique impose souvent une langue majoritaire dans le pays qui est utilisée dans l’administration, pour passer les lois, pour l’éducation, pour communiquer simplement dans un pays. Une langue majoritaire est choisie au détriment des langues minoritaires parlées sur le territoire, ce qui rend l’usage des langues limité. Des locuteurs qui parlent une autre langue ne le transmettent pas aux futures générations pour qu’ils puissent s’intégrer et pour éviter certaines moqueries et discriminations, comme expliqué précédemment pour les stigmatisations.
  • Tout simplement plus de traces ? On a regroupé ici les raisons les plus évidentes, il en existe d’autres, mais il est important de rappeler que certaines langues ne se parlent qu’à l’oral ; c’était beaucoup plus répandu il y a quelques années, voire quelques siècles. Quand une langue est plus répandue à l’oral, il n’y a pas de traces à l’écrit, donc quand le nombre de locuteurs s’éteint petit à petit, il n’existe plus de traces de ces langues anciennes. 

Revenons donc à notre sujet, l’alsacien. Peut-on dire que l’alsacien disparaît? Ou que le nombre de ses locuteurs diminue? Nous avons précédemment vu que c’était le cas grâce aux observations de l’OLCA, et pour approfondir les chiffres, en 2022 les proportions des différentes tranches d’âges qui parlent alsacien ont été recensées  :

  • 9% de la population des 18-24 ans le parleraient.
  • 43% pour les personnes âgées de 45 à 54 ans. 
  • et 79% des personnes âgées de 65 ans et plus. On peut voir que plus la population est jeune, plus l’alsacien disparaît.

À votre avis, pourquoi le nombre de locuteurs de ce dialecte diminue ?

Après quelques recherches, on peut voir que c’est causé avant tout par la colonisation, la stigmatisation et un peu par la politique linguistique. 

L’Alsace a subi plusieurs changements d’État, a appartenu tantôt à l’Allemagne, tantôt à la France, etc. Avant la Seconde Guerre mondiale, il était bien vu de parler alsacien, mais la donne a changé par la suite. Un sentiment de honte était ressenti par les locuteurs de l’alsacien, qui rappelait désormais la langue allemande qui était la langue de l’ennemi, et qu’il était « chic de parler français ». Donc les anciennes générations ne le transmettent plus aux jeunes générations, pour que les plus jeunes puissent s’intégrer et ne plus être stigmatisés. 

Comme l’Alsace est finalement restée sur le territoire français, la langue de communication et surtout d’enseignement est le français, il en est resté ainsi. À l’école, il est dit que le français et l’allemand sont beaucoup plus mis en avant que le dialecte, car il est plus facile de se former et d’enseigner une langue standard, qui est largement plus parlée qu’un dialecte. Les jeunes générations ne veulent donc plus apprendre l’alsacien par eux-mêmes.

  1. Conséquences 

Plusieurs milliers de langues ou de dialectes disparaissent dans le monde pour les raisons précédemment citées. Mais tous ces bouleversements sont porteurs de conséquences.

Avant toute chose, il est important de rappeler qu’une langue est reliée à une identité et une culture uniques, avec leurs propres traditions, leur propre vision du monde. Cela veut dire que quand une langue disparaît, c’est une culture et des traditions qui disparaissent aussi. Tout cela mène aux conséquences suivantes :

  • Perte d’identité : on se construit et on se forme autour de la langue, en appartenant à une communauté. Quand les parents élèvent leur nouveau-né, tout commence avec le langage : les parents transmettent leur langue maternelle aux enfants, ce qui les construit et leur forme une identité. 
  • Savoir-faire traditionnel et ancestral : nous pouvons citer plusieurs exemples de ces savoir-faire, comme les inventions culinaires, technologiques, historiques, ou même les histoires, les mythes racontés au fil des siècles, mais aussi les différentes traditions qui se perpétuent à des moments particuliers de l’année, qui ont une signification importante. 

Tous ces aspects traditionnels et culturels disparaîtront en même temps que la langue elle-même.

La conséquence principale pour l’alsacien est évidemment la perte d’identité. 

  1. Les solutions ?

Pour faire face à ces pertes importantes, quelques solutions sont élaborées pour la conservation des langues. On peut noter que la traduction et l’interprétariat, malgré l’arrivée rapide des intelligences artificielles, ont un rôle majeur dans la conservation de ces langues. 

La traduction est le processus de traduire majoritairement d’une langue étrangère à la langue cible, notre langue maternelle, tandis que l’interprétariat est la traduction orale. 

Ces deux processus sont utiles :

  • Dans le domaine de l’apprentissage, il existe des formations de traduction et d’interprétariat pour former des spécialistes, afin que la traduction soit la plus idiomatique possible. 
  • Dans la documentation également : la traduction y joue un rôle clef. Laissant des traces écrites, cela laisse des archives conservées pour les futures générations.
  • Dans la promotion linguistique, des événements sont organisés pour promouvoir certains domaines et certaines langues, cela fait donc connaître certaines langues qui n’auraient pas autant de visibilité que d’autres. 

Dans le cas de l’alsacien, plusieurs solutions ont été mises en place :

  • Des cours sont donnés par des professeurs qui enseignent l’alsacien, que ce soit des cours du soir, des cours particuliers ou même des cours dans des établissements scolaires. Comme les parents ne le font pas, pour des raisons qui ont été expliquées juste avant, les professeurs tiennent à garder ce patrimoine culturel et identitaire pour continuer de perpétuer cette culture.
  • Une application a été créée par l’OLCA, l’application iYol.  Elle servirait à apprendre des expressions modernes de l’alsacien, mais par manque de moyens, le projet n’a pas été achevé. 

Pour conclure, nous savons que beaucoup de langues sont en danger, ce qui deviendrait un appauvrissement de l’humanité, et qu’il est important de garder ces héritages qui seraient parfois mal vus. Le plus important est de perpétuer ces traditions et ces cultures uniques, également de perpétuer les compétences linguistiques qui se développent en apprenant des dialectes ou d’autres langues. Vous connaissez les raisons, les conséquences et les solutions. À vous de jouer !

MB

Sources : 

https://1to1progress.fr/blog/2021/04/30/combien-de-langues-dans-le-monde

https://www.radiofrance.fr/franceculture/pourquoi-les-langues-disparaissent-1742671

https://www.learnlight.com/fr/articles/les-langues-en-voie-de-disparition-pourquoi-ce-phenomene

https://shs.hal.science

https://www.olcalsace.org/fr/observer-et-veiller/le-dialecte-en-chiffres

https://www.rue89strasbourg.com/conserver-dialecte-alsacien-impression-monde-sen-fout-154315

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L’héritage colonial allemand en Afrique : une influence méconnue mais persistante

La colonisation allemande en Afrique, bien que brève (1884-1919), a eu un impact profond sur les territoires concernés, comme le Cameroun, le Togo, la Namibie et l’Afrique orientale allemande. On peut encore voir aujourd’hui les conséquences de cette période à travers l’exploitation économique, la résistance locale et les influences culturelles, notamment linguistiques. Même si l’empreinte allemande est moins marquée que celle des puissances coloniales françaises ou britanniques, elle reste un sujet d’étude important, surtout dans la littérature postcoloniale qui examine les récits et les mémoires de cette époque.

Les colonies allemandes en Afrique (Congo, Angola)

La colonisation allemande en Afrique a eu lieu entre 1884 et 1919. Les territoires colonisés allemands étaient principalement situés en Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Sud-Ouest, et leur administration a été marquée par des méthodes variées, allant de l’exploitation économique à des tentatives de développement infrastructurel.

Dans la région de l’Afrique de l’Ouest, le Togo et le Cameroun ont été des colonies clés. Le Togo, considéré comme un modèle d’administration efficace, a servi de base pour l’exploitation agricole, notamment pour des produits comme le coton et le cacao. Le Cameroun a été lui aussi exploité pour ses ressources agricoles, telles que l’huile de palme et le caoutchouc, en parallèle du développement d’infrastructures portuaires essentielles pour le commerce.

En Afrique de l’Est, l’Afrique orientale allemande (Deutsch-Ostafrika) englobait les territoires de l’actuelle Tanzanie, du Rwanda et du Burundi. Cette colonie a été marquée par des conflits, notamment la révolte des Maji Maji, au cours de laquelle s’illustrèrent les tensions entre les colons allemands et les populations locales. Malgré les efforts d’administration et de développement, la colonisation allemande a eu un impact durable sur les sociétés africaines, tant sur le plan économique que social, et a contribué à façonner les relations postcoloniales en Afrique.

Un impact sur le Congo et l’Angola ? 

Les colonies allemandes au Congo et en Angola font en effet partie de l’histoire coloniale complexe de l’Afrique. Toutefois, il est important de noter que l’Allemagne n’a pas directement colonisé le Congo, qui était principalement sous le contrôle belge, mais elle avait des intérêts économiques dans la région en raison de ses ressources naturelles telles que le caoutchouc, le cuivre et les minéraux. Elle a cherché à établir des relations commerciales avec le Congo afin d’assurer un accès privilégié à ces ressources. L’Allemagne a eu des ambitions coloniales concernant l’Angola, mais ce pays était surtout colonisé par le Portugal. C’est pourquoi les Allemands ont établi des comptoirs commerciaux et ont tenté d’influencer le commerce dans la région, bien que leur présence n’ait pas été aussi marquée que celle des Portugais. Le manque de colonies allemandes dans ces régions est la raison pour laquelle celles-ci n’ont pas eu d’influence directe sur le lingala (langue largement parlée en République démocratique du Congo). Les interactions culturelles et linguistiques entre ces colonies allemandes et les zones lingalophones étaient très restreintes, voire absentes.

Les colonisateurs ont souvent exploité les ressources naturelles et ont imposé des systèmes de gouvernance qui ont eu des conséquences durables sur les sociétés africaines. Les mouvements de résistance contre la colonisation ont également émergé, ce qui a conduit à des conflits et à des luttes pour l’indépendance.

L’influence de la langue allemande

L’influence de la langue allemande dans les anciennes colonies africaines de l’Allemagne a été relativement limitée, mais elle a eu des effets dans certains domaines. La colonisation allemande, quoique courte, a laissé des traces dans des régions spécifiques, comme la Namibie, le Togo et le Cameroun.

Dans les colonies africaines, l’Allemagne utilisait sa langue comme outil administratif et éducatif. Cependant, contrairement aux autres puissances coloniales comme la France ou le Royaume-Uni, les Allemands n’ont pas imposé leur langue de manière vraiment systématique. L’allemand était la langue des autorités, mais les populations locales continuaient souvent de parler leurs langues africaines ou des langues de commerce comme le swahili en Afrique de l’Est, ou le douala et le pidgin dans les régions côtières du Cameroun et du Togo.

Dans certains pays, l’allemand a survécu après la colonisation, mais toujours comme langue minoritaire. Ce phénomène est particulièrement visible en Namibie, où l’allemand reste parlé par une petite partie de la population. Des descendants de colons allemands, appelés les “Namibiens de souche allemande”, continuent d’utiliser l’allemand dans la vie quotidienne.

Par ailleurs, au Togo et au Cameroun, bien que l’allemand ait laissé quelques traces dans les toponymes (noms de lieux) et dans quelques expressions locales, il a été largement supplanté par le français ou l’anglais après la fin de la Première Guerre mondiale et le passage des territoires sous contrôle britannique et français. 

L’héritage colonial allemand et la littérature postcoloniale 

La colonisation allemande en Afrique a eu un impact durable sur l’histoire, la culture et la langue, surtout dans des pays comme le Cameroun, la Namibie, le Togo et l’Afrique orientale allemande. Ses effets ont suscité des réflexions sur l’influence de cette période sur les identités culturelles, les systèmes de gouvernance et les relations actuelles entre l’Allemagne et l’Afrique. David Simo, en tant que professeur de littérature allemande et chercheur en littérature postcoloniale, se penche sur ces interactions pour les donner à voir et les expliquer. Il est d’ailleurs intervenu lors du festival Focus, le 18 novembre 2024, à l’université Sorbonne Nouvelle, pour présenter sa relecture novatrice de l’œuvre de Franz Kafka, reliant ainsi les analyses littéraires allemandes à des perspectives africaines.

Dans la littérature postcoloniale, ce type de récits est souvent déconstruit pour mettre en lumière leurs biais idéologiques. David Simo cherche à examiner ces textes afin de comprendre comment la littérature allemande a façonné les perceptions des colonies et des peuples colonisés. Il s’intéresse aussi aux œuvres d’écrivains africains qui traitent de l’héritage de la colonisation allemande. Certains auteurs évoquent cette période de manière indirecte pour aborder les dynamiques de pouvoir ou la violence coloniale. L’analyse de ces œuvres aide à comprendre comment les Africains réinterprètent l’histoire coloniale allemande dans un contexte postcolonial.

L’analyse et la littérature postcoloniales jouent un rôle crucial pour comprendre les traces laissées par la colonisation allemande. En étudiant les sources littéraires, les influences culturelles et les mémoires, cette approche améliore notre compréhension des relations entre l’Allemagne et l’Afrique et permet une critique plus approfondie des effets du colonialisme sur les sociétés africaines.

JM

Sources:

Melber Henning (2024) « le colonialisme allemand en Afrique a une histoire qui fait froid dans le dos » : un nouveau livre, examine la façon dont il se perpétue URL:

https://theconversation.com/le-colonialisme-allemand-en-afrique-a-une-histoire-qui-fait-froid-dans-le-dos-un-nouveau-livre-examine-la-facon-dont-il-se-perpetue-236062

David Thiele « la mémoire de la colonisation allemande au Togo : enjeux et construction du centenaire de l’amitié germano-togolaise» URL: https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02967539/file/2020_THIELE_memoiredeladecolonisation.pdf?utm_source=chatgpt.com

Gwénaëlle Deboute (2016) « histoire et mémoire : l’Allemagne a aussi colonisé l’Afrique» URL: https://www.jeuneafrique.com/mag/382530/politique/histoire-memoire-lallemagne-a-colonise-lafrique/

Colonies allemandes : URL : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2367 

France Culture (2020) « La Namibie, histoire d’une colonie allemande » URL: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-journal-de-l-histoire/la-namibie-histoire-d-une-colonie-allemande-1340900

David Simo « Soutien à la mise en œuvre de réformes. Elaboration d’une première stratégie nationale de R&I au Cameroun » URL: https://oacps-ri.eu/wp-content/uploads/Presentation-Panel-dexperts-service-MSP-Cameroun.pdf

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Le proto-germanique et le yiddish

Le proto-germanique, c’est quoi ?

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’anglais, l’allemand ou encore le néerlandais avaient autant de mots en commun ? Comment un natif, à tout hasard danois, peut quasiment comprendre l’entièreté de ce que ses voisins scandinaves racontent sans même avoir appris leur langue ? Bien évidemment que vous vous l’êtes déjà demandé … ! Non ? Bon, très bien, alors laissez-moi vous l’expliquer ! 

Pour commencer, il est important de noter que toutes ces langues font partie d’une même famille appelée le germanique commun, plus communément appelé le proto-germanique (en anglais, seul « proto-germanic » est utilisé). Rechercher « germanique-commun » ou encore « proto-germanique » sur un moteur de recherche ne nous donne pas forcément beaucoup d’informations sur le sujet. Les sources dans la langue de Shakespeare sont, encore à ce jour, toujours plus fournies et riches que celles dans notre belle langue de Molière…

Mais revenons-en à notre proto-germanique ! Issu de la branche indo-européenne, le proto-germanique était une langue parlée en Europe septentrionale entre – 500 avant notre ère et 500 après J.-C. (D’autres sources parlent de -750 à l’an 300.)

Source: https://www.google.fr/imgres?q=europe%20septentrionale%20proto%20germanique&imgurl=https%3A%2F%2Fupload.wikimedia.org%2Fwikipedia%2Fcommons%2Fthumb%2Fc%2Fc5%2FPre-roman_iron_age_%2528map%2529.PNG%2F640px-Pre-roman_iron_age_%2528map%2529.PNG&imgrefurl=https%3A%2F%2Ffr.wikipedia.org%2Fwiki%2FProto-germanique&docid=lXgiUODdiUPftM&tbnid=ZPbdqAnHx7x2JM&vet=12ahUKEwizo5HA6_WKAxW7TqQEHUYnOsMQM3oECBgQAA..i&w=640&h=665&hcb=2&ved=2ahUKEwizo5HA6_WKAxW7TqQEHUYnOsMQM3oECBgQAA

Malheureusement, peu de sources écrites attestent de l’existence du proto-germanique. Cependant, plusieurs linguistes ont participé à une « reconstitution » en utilisant un alphabet runique ! Ce qu’il faut garder en tête, c’est que le proto-germanique n’est pas un cas isolé concernant le manque de sources écrites… Avant la standardisation et la modernisation de l’impression des langues (notamment européennes), elles étaient pour la plupart seulement parlées (orales) et non écrites. 

Pour les plus curieux, vous trouverez en bas de page un lien menant à une vidéo qui illustre cette reconstitution (écrite et orale) et la proximité que l’on peut apercevoir entre le proto-germanique et ses langues descendantes. 

Et le Yiddish alors ? 

À partir de l’an 500, plusieurs tribus germaniques ont commencé à se disperser un peu partout en Europe. Ainsi, nous pouvons commencer à diviser le proto-germanique en trois familles distinctes.

https://www.google.fr/url?sa=i&url=https%3A%2F%2Fwww.ling.upenn.edu%2F~gene%2Fcourses%2F2041%2F09g.html&psig=AOvVaw1I7TCMZoBFzysdDJL19-gg&ust=1736961339071000&source=images&cd=vfe&opi=89978449&ved=0CBQQjRxqFwoTCODj3a7b9YoDFQAAAAAdAAAAABAp

Tout d’abord, le germanique de l‘ouest (on y retrouve l’allemand, l’anglais, le néerlandais …), puis celui de l‘est dont aucune langue n’a survécu (on peut citer le gotique qui était parlé en crimée jusqu’au 17ème siècle !) et le germanique du Nord (où on trouve le danois, le norvégien, le suédois ou encore l’islandais). Comme l’indique l’image ci-dessus, la branche qui nous intéresse est celle de l’ouest. 

Le yiddish est une langue qui émerge entre le 9ème et le 11ème siècles dans la vallée du Rhin. Issu du moyen-haut allemand, on peut dire que le yiddish est à l’origine un des nombreux dialectes allemands de l’époque (oui ! L’allemand moderne tel que nous le connaissons aujourd’hui était alors encore très loin d’exister !)

Michèle Tauber, professeur à l’université de Strasbourg en littérature hébraïque et contemporaine, nous explique lors de son intervention pendant le festival Focus (18  – 22 novembre à la Sorbonne Nouvelle) qu’il existe deux variantes du yiddish (l’une occidentale, l’autre orientale). Pour ne pas trop s’éparpiller, on va principalement parler du yiddish oriental, car c’est le plus courant.

Parlé par les communautés juives ashkénazes en Europe centrale lors de son émergence au Moyen Âge, le yiddish est devenu plus qu’une langue germanique au fil des siècles. On y retrouve des influences de langues slaves (polonais, russe), du français ancien, mais surtout de l’hébreu. D’ailleurs, c’est cet alphabet qui est utilisé avec une base de 22 caractères, comme en hébreu. Cependant, ce nombre peut vite monter à 35 si l’on ajoute les voyelles, les signes diacritiques, etc …

À l’heure actuelle, le yiddish compterait entre 500 000 mille et un million de locuteurs à travers le monde (majoritairement en Israël, mais aussi en Amérique du Nord et en Europe). 

Je me passerai de parler des raisons pour lesquelles ce nombre est aussi bas… vous les connaissez.

On veut des exemples !

Des exemples ? Bon, ok, donnons des exemples ! Dans cette dernière partie, on va montrer la proximité du yiddish avec le proto-germanique et ses langues descendantes (particulièrement avec le moyen haut-allemand).

Une chose qui a été assez frappante lors de l’atelier d’initiation au yiddish de Michèle Tauber, c’est la « facilité » avec laquelle les germanistes peuvent décrypter les paroles d’un poème nommé Arum dem Fayer. Évidemment, lorsque je parle de décryptage, je mentionne la transcription de l’alphabet hébreu vers l’alphabet latin, tout en passant aussi par la phonétique. Un niveau B1 suffirait à comprendre des mots ou phrases simples en yiddish. 

Voici quelques exemples ci-dessous :

  • Hand (main) :
  • Proto-Germanique : handuz
  • Haut allemand moyen : hant
  • Yiddish : hant 
  • Haus (maison) :
  • Proto-Germanique : hūsą
  • Haut allemand moyen : hūs
  • Yiddish : hoyz 
  • Wasser (eau) :
  • Proto-Germanique : watōr
  • Haut allemand moyen : wasser
  • Yiddish : vasser 

-Proto-Germanique : brōþēr (frère) → Yiddish : bruder 

-Proto-Germanique : stainaz (pierre) → Yiddish : shteyn 

-Proto-Germanique : ainaz (un) → Yiddish : eyns 

-Proto-Germanique : twai (deux) → Yiddish : tsvey 

Avec ces quelques exemples, il est rendu évident que le yiddish partage un nombre d’éléments assez important concernant la grammaire, le vocabulaire ou encore la phonétique avec sa cousine germaine, l’allemand, mais aussi avec l’ancêtre de celle-ci : le proto-germanique

Pour finir, on peut ajouter que la structure grammaticale (morphologie, syntaxe) est, elle aussi, très similaire. 

Exemple avec une phrase (générée par ChatGPT) : 

« Brōþēr ist in hūsai. » ( Proto-Germanique )

« Der bruder iz in hoyz. » ( Yiddish )

Traduction = « Le frère est dans la maison »

Fascinant, n’est-ce pas ? Pour les plus germanistes d’entre vous, je vous invite à faire vos propres recherches concernant la proximité encore plus flagrante entre l’allemand et le yiddish. Promis, vous ne serez pas déçus !

ASB

Sources :

https://www.quora.com/Is-Yiddish-derived-from-Proto-Germanic-as-German-Dutch-Frisian-Afrikaans-Flemish-etc

Pour les plus curieux concernant le proto-germanique ! :

  • Quelques exemples du Proto-Germanique : https://www.youtube.com/watch?v=vgcUhkMtmUQ 
  • La Marseillaise en Proto-Germanique : 
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Dans le couple franco-allemand, comment expliquer une baisse d’intérêt pour la langue du partenaire ?

La journée franco-allemande, véritable moteur des actions bilatérales, célébrée chaque 22 janvier, a lieu en France comme en Allemagne. Cet événement témoigne de l’engagement commun de la France et de l’Allemagne à travers l’éducation pour renforcer leurs liens historiques. Pourtant, malgré les initiatives éducatives et culturelles innovantes, on constate un net recul de l’attractivité de la langue du partenaire. Comment expliquer cette baisse d’intérêt?

L’amitié franco-allemande est un concept né à la suite de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les deux pays ont décidé de se rapprocher pour oublier les blessures de la guerre et éviter à tout prix de nouveaux conflits. Ils signent en 1963 un traité de coopération dans de multiples domaines, le traité de l’Elysée. Ce traité est un symbole de réconciliation des deux pays voisins, premiers partenaires économiques et moteurs de la construction européenne.

Malgré les actions de promotion, le nombre d’apprenants de la langue du pays voisin décline drastiquement. Comment peut-on expliquer cela ? Quels sont les facteurs responsables de la baisse d’intérêt pour la langue du partenaire ?

Quel est le constat en France ?

À la rentrée 2020, la grande majorité (96,0 %) des élèves du second degré qui suivent une première langue étudiait l’anglais en Lv1, tandis que l’allemand n’était choisi que par 2,7 % des élèves. Le « bilanguisme », entendu comme le fait d’apprendre deux langues simultanément en classe de sixième concerne 14,8 % des élèves. Depuis 1994, on constate une baisse presque ininterrompue des élèves qui suivent l’allemand en première langue vivante. Sur la même période, le nombre d’élèves étudiant l’espagnol ou l’italien en première langue reste relativement stable.

Les élèves choisissent massivement l’anglais en première langue. 

L’espagnol comme deuxième langue est étudié par 72,5 % des élèves du second degré et l’allemand par 15,8 % d’entre eux. 

Source : DEPP-MENJS, Système d’information Scolarité et enquête n° 16 auprès des établissements privés hors contrat. 2021

https://www.education.gouv.fr/reperes-et-references-statistiques-2021-308228

Qu’en est-il en Allemagne ?

L’Office fédéral allemand des statistiques a constaté que de moins en moins d’élèves allemands apprenaient le français dans le cadre scolaire. La raison la plus souvent évoquée est la difficulté de la langue française.

Pour l’année scolaire 2021-2022, seuls 15,3% des élèves allemands avaient choisi d’étudier le français à l’école, soit le plus bas niveau depuis 26 ans. En 1995, ils étaient 15,1%.

Le français est largement devancé par l’anglais qui a séduit 82,4% des élèves allemands en 2021-2022. Comme en France, l’anglais séduit par sa facilité mais aussi sa prédominance dans les média et réseaux sociaux, dans la culture jeune et dans le monde des affaires. Il s’apprend aussi en autonomie par le biais d’internet (jeux vidéos, films, musique…).

Néanmoins le français reste en deuxième position parmi les langues étrangères enseignées en Allemagne : le latin détient la troisième place (6,4%), suivi de l’espagnol (5,9%).

Les régions frontalières de la France plébiscitent le français: en Sarre, plus de la moitié (51,2%) des élèves apprennent le français à l’école, en Rhénanie-Palatinat ils sont 25,8% et au Bade-Wurtemberg, 24,3%.

En revanche, dans le Mecklembourg-Poméranie (nord-est), ils sont seulement 10,6%, en Saxe-Anhalt (est) 10,7% et Rhénanie du Nord Westphalie (nord-ouest) 11,5%.

En France, la situation semble beaucoup plus critique vis-à-vis de l’apprentissage de l’allemand en baisse constante.

Quels sont les facteurs explicatifs ?

L’impact de la Seconde guerre mondiale :

L’image de la langue allemande est encore marquée par les blessures de la guerre. Cette langue est associée à la langue du soldat allemand, le nazi. C’est la langue du commandement et la « langue de l’ennemi ». Ses sonorités rappellent les ordres donnés dans cette langue et les horreurs commises en temps de guerre. La transmission intergénérationnelle du traumatisme de la guerre influe négativement sur l’allemand. Ainsi, des sentiments négatifs sont associés au pays partenaire.

Le déficit d’information sur l’Allemagne :

Les élèves ont souvent peu de représentations de l’Allemagne, dans leur famille ou à l’école, c’est pourquoi ils ne font pas le choix de l’allemand. Les quelques références à l’Allemagne dans des films sont souvent négatives, comme par exemple un soldat allemand qui joue le rôle du méchant.

Les représentations socioculturelles et émotionnelles influencent le choix linguistique :

La langue allemande a la réputation d’être une langue difficile, avec une grammaire ardue longtemps destinée aux bons élèves. Cette dimension élitiste de l’allemand écarte d’office les élèves moyens ou faibles. Le choix de l’allemand a longtemps été une stratégie des parents désireux d’une classe de bon niveau pour leur enfant. En revanche, l’anglais et l’espagnol jouissent d’une réputation de langue facile avec la perspective de bonnes notes. L’Espagne attire par le nombre de pays parlant sa langue et par l’image positive, ensoleillée, chaleureuse de ce pays et des pays hispaniques associés. La dimension émotionnelle, affective vis-à-vis d’une langue est à prendre en compte pour le choix de la langue. On observe que l’environnement familial, sociétal et médiatique se positionne souvent au détriment de la langue et de la culture allemande.

Quel est le rôle politique du couple franco-allemand dans les actions de promotion de la langue du partenaire ?

L’entente franco-allemande est souvent associée à des relations politiques protocolaires, formelles. Où sont les relations authentiques d’amitié de nos dirigeants ? Les relations franco-allemandes sont souvent symbolisées par les ententes plus ou moins réussies entre nos deux dirigeants politiques. Le 22 janvier 2019, à Aix-la-Chapelle, un nouveau Traité a été signé qui prévoit en son article 10 que les deux États « adoptent des stratégies visant à accroître le nombre d’élèves apprenant la langue du partenaire ».

Les stratégies pour le développement de l’apprentissage de la langue du partenaire, programme ambitieux de promotion de la langue allemande en France et de la langue française en Allemagne, sont ratifiées le 24 novembre 2022 entre le Ministre de l’éducation nationale et de la Jeunesse, Pap Ndiaye, et son homologue allemand : Hendrik Wüst. L’avenir nous dira rapidement si ces stratégies portent leurs fruits. 

D’autres idées émergent pour enrayer la baisse d’intérêt pour l’allemand. Il s’agit notamment de refondre les programmes scolaires de la langue allemande, parfois trop scolaires afin de les recontextualiser et les rendre plus attractifs pour les élèves. Une autre idée est de revenir à l’apprentissage simultané de l’allemand et de l’anglais afin de mettre un terme au problème de concurrence entre langues vivantes étrangères. Serait-ce le retour des classes bi-langues ? 

EM

Sources :

Jugé-Pini Isabelle, « Image(s) de l’Allemagne et apprentissage de l’allemand », Allemagne d’aujourd’hui, 2020/2 (N° 232), p. 232-246. DOI : 10.3917/all.232.0232. URL: https://www.cairn.info/revue-allemagne-d-aujourd-hui-2020-2-page-232.htm

Jugé-Pini Isabelle,  « Le mécanisme du choix de l’allemand : entre raison et sentiments », Education. Université de Haute Alsace – Mulhouse, 2018. Français. Thèse sur HAL  ⟨NNT : 2018MULH0639⟩⟨tel-03131373⟩

Doublier, Caroline : « Enseignement de l’allemand et image de l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale ». In : Histoire de l’éducation 106, 2005, § 2. En ligne : http://histoire-education.revues.org/1081

https://actu.fr/societe/l-allemand-une-langue-en-voie-de-disparition-dans-les-ecoles-francaises_55059110.html (page consultée le 31.12.24)

https://www.radiofrance.fr/franceinter/l-apprentissage-du-francais-decline-en-allemagne-60-ans-apres-le-traite-de-l-elysee-3580618 (page consultée le 31.12.24)

https://cafepedagogique.net/2024/01/25/grit-hermann-enseigner-le-francais-en-allemagne/(page consultée le 31.12.24)

https://www.francophoniesansfrontieres.org/2024/01/22/tribune-l-amiti%C3%A9-franco-allemande-est-elle-aussi-linguistique/(page consultée le 31.12.24)

https://www.fle.fr/Allemagne-les-eleves-boudent-le-francais(page consultée le 31.12.24)

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Le lien entre langue et inégalités

Une réflexion, un essai pour comprendre pourquoi le monde tourne comme tel sans vouloir prétendre trouver de bonnes réponses. Cependant, nous ne sommes condamnés ni à l’apathie ni à l’impuissance, mais nous sommes des créatures capables d’affection et d’empathie. Nous pouvons faire ce choix de réfléchir et – ayant raison ou tort – écouter l’autre pour essayer de réparer ce qui a été cassé et vivre une vie en accord avec les droits des hommes, de l’égalité, de l’antiracisme et du respect des autres. Une réflexion sur le tout et le rien – une réflexion entre langue et inégalité. 

Moi, je suis un homme, blanc, hétérosexuel, je n’ai pas de religion et je ne suis donc pas la cible de commentaires discriminatoires (genre, origine, couleur de peau, religion, orientation sexuelle). Mais il y en a plus que ça.

Depuis mon arrivée en France, je me suis demandé pourquoi je ne subissais pas autant de commentaires concernant mes origines et ma manière de vivre ou bien les mêmes préjugés concernant mes moyens financiers que d’autres immigrés dans mon entourage. J’ai aussi remarqué, que le fait que ma langue d’origine soit l’allemand faisait une différence. Il y a des attentes, il y a des présupposés qui sont différents de ceux relatifs aux autres langues. La langue maternelle et les références culturelles qui y sont associées ont sans doute des effets bien réels sur la façon de vivre quotidiennement en France. Une comparaison de mes expériences personnelles avec d’autres transmises à moi par des étudiant.e.s permet de le comprendre (écrit en italique).

Il faut premièrement noter que les inégalités liées à la langue parlée, ou la manière de parler une langue constituent toujours, pour les unes du favoritisme et pour les autres une discrimination. Par exemple, quand on entend mon accent autrichien et que je parle allemand, on s’imagine que je suis rigoureux, que je suis travailleur et donc on me choisira plus facilement pour un poste que des personnes d’autres origines.

Deuxièmement, le jugement d’une personne envers une autre est très souvent empreint de clichés entretenus par une majorité et visant une minorité, qu’ils soient amélioratifs ou péjoratifs. Cette majorité peut être définie relativement à son nombre (les francophones envers les non-francophones en France, les Allemands envers les francophones en Allemagne) ou bien en tant que pouvoir et influence culturels. On sait aujourd’hui que la France a construit des préjugés sur les pays colonisés concernant leur culture et leur langue. Ces idées continuent de se transmettre aujourd’hui entre les Français et sont majoritairement conservées à l’égard des anciennes colonies. 

Dans le même esprit, les inégalités liées à la langue parlée peuvent aussi être la manifestation d’un sentiment de supériorité. C’est notamment le cas quand le comportement des personnes change selon l’accent ou la langue parlée par leur interlocuteur, qui peuvent dévoiler son appartenance à une religion ou à une ethnicité.

Dans les communes avec un fort ressenti de nationalisme, ceci peut prendre la forme d’une acceptation (liée à la langue du pays ou à l’ethnie de la population) ou d’un rejet (quand on s’attend à ce que notre locuteur fasse partie de notre groupe, mais il se trouve qu’il ne parle pas la langue ou qu’il a un accent qui révèle ses origines étrangères).

On constate aussi que des étudiants sont confrontés à des inégalités dans leur vie au sein du système universitaire européen, quand on se concentre sur des témoignages. Quelques exemples : certains se sont entendu dire dans plusieurs pays qu’il n’existe qu’une seule version correcte d’une langue parlée (celle de l’origine (correction : la langue maternelle?) du locuteur, bien sûr). D’autres rencontrent des difficultés administratives du fait de l’absence ou du manque de visibilité d’informations dans leur langue maternelle, ou sont mal informés concernant la reconnaissance ou non d’un diplôme de langue en fonction de l’endroit où il a été obtenu, etc. 

La langue fait partie de notre identité et est révélatrice de notre milieu socio-économique. En tant que telle, elle peut même créer des différences entre des personnes du même pays, et la capacité à s’adapter en changeant sa façon de parler selon son interlocuteur reste un énorme avantage.


Langue de la bourgeoisie pour l’entretien professionnel ou le dîner en société, vocabulaire ou conjugaisons spécifiques utilisés par certaines personnes dans le but de créer un groupe exclusif et, de ce fait, d’en exclure d’autres (on pense aux langues secrètes inventées dans certaines « Grandes Écoles » comme Arts & Métiers), sont différents phénomènes que l’on peut observer dans cette perspective d’adaptation au milieu fréquenté. Je vous invite à lire L’Art de ne pas dire de Clément Viktorovitch, pour comprendre comment le sens d’un terme précis peut être contourné pour promouvoir des idées de supériorité de certains sur d’autres. 


Ce sont les mots employés qui nous font lire un texte et pas un autre, suivre une idée, écouter une personne qui parle.

La langue que nous parlons et les références culturelles ou sociales qu’on utilise dans notre discours jouent un rôle majeur quand on est jugé par quelqu’un d’autre.

Est-ce que la langue que nous parlons, le vocabulaire que nous utilisons et notre milieu socio-économique devraient créer ces différences ?
Non, bien sûr que non. Mais le dire ne suffit pas, il faut encore se rendre compte que ces différences existent et qu’elles doivent être combattues.


SL

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Sprachverfall – Une véritable menace?

“Je ne comprends rien à ce que tu dis, tu pourrais répéter ? “, “ De toute façon, le langage que les jeunes utilisent aujourd’hui est bien plus pauvre qu’il y a 50 ans”. Vous êtes vous déjà demander si ces remarques étaient réellement fondés ? Si le français et l’allemand sont vraiment menacés à disparaître dans un futur proche ? Voyons ça ensemble !

« Sprachverfall » : qu’est-ce que c’est? 

Sprachverfall pourrait se traduire par « déclin de la langue » en français. C’est un terme utilisé par plusieurs linguistes allemands qui expriment leur inquiétude face à une présumée dégradation de la langue. Lorsque l’on parle de « Sprachverfall », un autre mot me vient tout de suite en tête : « Umgangssprache », qui désigne le «registre familier ». Le site « studysmaster.com » parle de « Alltagssprache » ( « langue quotidienne ») lorsqu’on recherche la signification de Umgangssprache. Bon, cela fait déjà beaucoup de termes pour un début d’article. Donnons maintenant quelques exemples pour illustrer ce qu’est la « langue quotidienne ».

Lorsqu’on parle de langue quotidienne, on parle en réalité de plusieurs choses. Les abréviations, l’argot (ou « slang » en anglais), ou même des expressions courantes en relèvent. En allemand, on pourrait parler de « Kohle » à la place de « Geld » (l’argent). Je pourrais aussi exprimer mon manque de temps à un ami qui est dans le besoin en lui disant « Hab’ keine Zeit » au lieu de dire poliment « Ich habe keine Zeit ». Des exemples comme ceux-là, il y en a beaucoup. Et le parallèle peut facilement être fait avec le français. « Chui » à la place de « je suis », « chelou » au lieu de « louche », pas besoin d’aller plus loin …

Mais alors, qu’est-ce qui dérange vraiment les linguistes? Qu’est-ce qui dérange une partie de la population (par exemple votre oncle, ou votre cousine expatriée au Canada depuis 10 ans, qui n’est revenue que deux fois en France ces dernières années ) avec ces «changements » que l’on constate dans nos langues?

Je vais d’abord me permettre de répondre à la première question qui me semble importante pour la suite. Ce qui agace souvent aux repas de famille, ce sont les « mots d’emprunt ». Les mots d’emprunt, dans le langage courant, on en retrouve plein. Certains sont plus acceptés que d’autres, car ils sont tout simplement entrés dans le langage courant depuis bien plus longtemps que d’autres. « Chouïa », par exemple, qui vient de l’arabe et veut simplement dire « un peu ». Selon Wikipédia, ce mot serait usité en français depuis le XIXe siècle. Il est donc normal que personne aujourd’hui ne conteste cet emprunt fait à l’arabe. À contrario, le mot « wesh », qui vient aussi de l’arabe (algérien cette fois-ci) et qui veut dire « comment ça va » (même si, en réalité, les sens en sont multiples selon l’intonation et la situation), est, disons-le, beaucoup moins accepté par la société aujourd’hui. 

Pourquoi certains mots / expressions sont-ils plus acceptés que d’autres ? 

À cette question, il y a plusieurs réponses possibles. Premièrement, notre entourage. On ne s’adresse pas de la même façon à notre patron qu’à nos parents, de même encore avec nos amis . Si on tient à notre travail, notre vocabulaire sera différent dans nos relations professionnelles et avec nos amis proches. On parle dans ces cas-là d’adaptation. Cela va évidemment dans les deux sens. Lorsqu’on passe un « call », c’est rarement pour appeler notre grand-mère, mais plutôt pour quelque chose d’important. De même pour un « meeting » : c’est rarement utilisé pour exprimer qu’on a rendez-vous avec nos parents. Dans cette situation, on fait plus appel à du vocabulaire spécialisé, voire technique. En revanche, utiliser beaucoup trop d’anglicismes dans notre quotidien peut nous faire passer pour quelqu’un de « geek » et pourrait même nous tourner en ridicule si un mot ou une expression française est bien plus précis que le mot d’emprunt utilisé. Mais est-ce vraiment ce vocabulaire-là qui dérange? Ce vocabulaire dit technique ou spécialisé

Dans une certaine mesure, oui. Il suffit de voir la réaction de l’Académie française quant à « l’invasion des anglicismes » ainsi que le nombre de matinales à la radio où sont invitées diverses personnalités du paysage français exprimant leur inquiétude concernant la dégradation de notre belle langue de Molière par ces anglicismes. 

Les anglicismes sont, il me semble, l’exemple le plus facile pour illustrer l’inquiétude de beaucoup de Français (et d’Allemands) en ce qui concerne « l’état » de nos langues aujourd’hui. Internet et les réseaux sociaux sont des outils puissants pour propager de nouvelles expressions tendances. La domination de la culture américaine et anglo-saxonne touche toutes les générations (domination culturelle mais aussi économique).

Il est donc normal de faire allusion aux anglicismes. Mais comme mentionné précédemment, l’anglais n’est pas la seule langue à qui on emprunte des mots. En allemand, on retrouve aussi des mots venant du turc, du russe, du français, mais aussi de l’arabe. Et pour plusieurs raisons, les anglicismes ou gallicismes sont, je pense, bien plus acceptés par la population que les mots empruntés au turc et à l’arabe. Pourquoi ? Ça, c’est un autre débat …

Mais est-ce alors réellement une menace? 

Dans cette dernière partie, on entre dans le vif du sujet. Est-ce que l’allemand et le français sont en danger ? 

La question sonne très apocalyptique. Pourtant, c’est ce que croit une partie des populations allemande et française. 

À vrai dire, il est difficile de s’imaginer que le français parlé il y a 150 ans était le même qu’aujourd’hui. Une langue évolue avec son temps. Elle s’adapte, fait face aux nouvelles innovations, à la technologie, mais aussi à l’immigration. Le terme « smartphone », par exemple, est utilisé pour décrire l’avancée technologique qu’a connu le téléphone portable. De même pour le mot « fun », qui sera utilisé dans un environnement plus décomplexé (avec des amis par exemple). Sans oublier de mentionner les mots dit tendance, comme « swag ». 

Élu « Jugendwort des Jahres » en Allemagne en 2011, « swag » a clairement disparu des langues allemande et française. Très tendance au début des années 2010, utiliser « swag » en 2025 est devenu ridicule … Et les exemples avec ce genre de mot sont nombreux. On remarque même que ces mots dits « tendance » sont destinés à disparaître bien plus rapidement que leurs prédécesseurs (sûrement à l’image du contenu toujours plus court que proposent Youtube, Tiktok ou Instagram). 

La réelle menace serait plutôt que nos langues n’utilisent plus d’emprunts et cessent d’acquérir de nouveaux mots qui rendent possible l’évolution constante qu’une langue doit subir pour continuer d’exister. Car, on le sait, une langue qui cesse d’évoluer est condamnée à mourir et donc, à disparaître. 

Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut commencer à dire « trankille? »  par texto à son patron ou appeler son nouvel ami allemand « digga » (qu’on pourrait traduire par « frère » ou « frérot » de façon assez informelle). 

Une des bases fondamentales de nos relations est le langage, que nous utilisons quotidiennement. Il semble donc tout à fait légitime que quelqu’un nous reproche d’utiliser un vocabulaire pauvre et peu adapté si l’on doit se faire interviewer sur la dernière œuvre d’Annie Ernaux. Notre vocabulaire, de même que la façon dont nous nous exprimons, donne aussi une indication (positive ou négative) de notre milieu social (d’où l’on vient), mais aussi de notre éducation, de notre entourage, etc …

En résumé, nous pouvons dire que le « Sprachverfall » n’est pas forcément une théorie absurde. Il représente simplement une division entre différentes générations ainsi qu’un gap socioculturel présent dans nos sociétés.

ASB

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BILD/GÜZ- Une expérience linguistique et culturelle franco-allemande

En 1945 a été fondée l’association française BILD (Bureau international de liaison et de documentation) et son association sœur allemande, la GÜZ (Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit e.V.), promue par l’OFAJ (Office franco-allemande pour la jeunesse). 

Ces deux associations ont été créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et avaient pour but principal de développer la coopération franco-allemande, surtout au sein de la jeunesse allemande et française. Dans cette perspective, le BILD et la GÜZ voulaient contribuer à la construction d’une paix et d’une unité européenne dans laquelle les relations franco-allemandes joueraient un rôle fondateur. 

Source : Facebook- Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit

Des rencontres linguistiques et culturelles franco-allemandes pour les jeunes de 9 à 18 ans 

Depuis maintenant 75 ans, BILD/GÜZ organisent des séjours auxquels participent des jeunes des deux pays. Ces rencontres franco-allemandes permettent aux jeunes d’accéder à un dialogue sur les réalités culturelles, sociales et politiques de leurs pays respectifs. 

Le but de ces rencontres est, entre autres, de faire découvrir la culture allemande et française, de développer une conscience commune et d’aller au-delà, mais aussi de faire disparaître des préjugés existants. 

BILD/GÜZ organisent l’été des rencontres de jeunes entre 9 et 18 ans, en groupes mixtes de Français et d’Allemands, en France et en Allemagne.

En Allemagne, les destinations sont : 

-Wasserburg am Bodensee (Bavière)

-Berchtesgaden (Alpes bavaroises)

-Breisach (Vieux-Brisach en Bade-Wurtemberg)

-Glücksburg (au bord de la mer Baltique) 

Et en France : 

-Guidel (Bretagne)

-Ciboure (Pays-Basque)

-Montignac-Lascaux (Dordogne). 

Les rencontres de jeunes mélangent, d’une part, un travail linguistique pour apprendre la langue étrangère ou progresser dans celle-ci, d’autre part des activités de loisir, comme du sport, des excursions, des activités ludiques ou des soirées à thèmes. L’objectif est de passer de belles vacances dans un groupe bilingue, de découvrir et mieux comprendre l’autre et sa culture à travers des exercices amusants et pédagogiques.

Ces rencontres permettent aux jeunes de vivre une expérience interculturelle riche.  

Le travail linguistique 

Le travail linguistique est une des spécificités des associations BILD/GÜZ. Lors des rencontres entre jeunes, sont proposées trois heures de travail linguistique afin qu’ils améliorent leur niveau de langue et apprennent à mieux communiquer lors de rencontres multilingues. 

BILD/GÜZ attache beaucoup d’importance à ces heures de travail linguistique. Les animateurs encadrants, qui viennent eux aussi toujours des deux pays, reçoivent une formation spécifique pour transmettre les particularités culturelles et linguistiques allemandes et françaises de façon ludique. 

Lors des séances de travail linguistique, les jeunes s’exercent dans un premier temps en groupes nationaux sur du vocabulaire, de la grammaire et des expressions spécifiques. Dans un second temps, cette fois-ci en groupe binational, ils mettent en pratique de façon plus ludique et artistique ce qui a été appris.

Ces moments d’apprentissage ont de nombreuses particularités. Premièrement, ce ne sont pas des cours. La distinction est importante, car les animateurs encadrants appliquent une méthode de travail qui se veut ludique, à l’aide par exemple de jeux linguistiques au lieu d’exercices scolaires de vocabulaire et de grammaire. Deuxièmement, les jeunes n’apprennent pas seulement de la grammaire et du vocabulaire, mais se familiarisent aussi vraiment avec les cultures et la communication interculturelle. Les séances de travail sur la langue sont l’occasion d’échanges sur la politique, l’écologie des situations vécues, etc. Il s’agit d’une préparation à des situations réelles pour que les jeunes puissent plus facilement communiquer et surtout comprendre l’autre, notamment quand peuvent advenir des malentendus culturels. Enfin, les « cours » sont mis en pratique, dans des situations réelles, lors des activités et excursions organisées pendant le reste de la journée.

Ces rencontres de jeunes Français et Allemands proposent un accès à des perspectives nouvelles pour un apprentissage ludique de la langue allemande ou française et facilitent une réelle immersion dans la culture de l’autre ainsi que le développement d’une ouverture d’esprit utile dans des contextes plurilingues. 

Formation au JULEICA et aux métiers d’animateurs 

Ces rencontres sont encadrées par des animateurs formés par BILD/GÜZ. En effet, les associations proposent une formation sur deux fois 10 jours pour des adultes allemands et français de 19 à 28 ans, provenant d’Allemagne ou de France et ayant une bonne maîtrise de leur deuxième langue. À l’issue de la formation, les animateurs reçoivent le JULEICA (l’équivalent du BAFA en France) et une place dans le groupe BILD/GÜZ en tant qu’animateurs. 

Les candidatures sont ouvertes pour d’autres pays germanophones, comme l’Autriche, pour les jeunes comme pour les animateurs.

La première formation, un stage de base en février ou en mars, initie les futurs animateurs aux concepts et méthodes du BILD et de la GÜZ. La seconde formation, un stage de perfectionnement en avril, permet aux animateurs de mettre en pratique ce qu’ils ont appris lors d’une rencontre de jeunes de 10 jours, encadrée par des animateurs expérimentés. 

Être animateur à BILD/GÜZ est une expérience unique qui permet d’enrichir ses connaissances et ses expériences dans le domaine culturel et linguistique franco-allemand. 

Aussi enrichissantes que les rencontres soient pour les jeunes, elles le sont aussi pour les animateurs encadrants. En effet, les animateurs apprennent à gérer un groupe binational. Ils doivent apprendre à faire face à des situations socialement difficiles, par exemple gérer un groupe de jeunes qui ne communique pas à cause de la barrière de la langue. C’est une expérience riche pour les jeunes adultes, d’autant plus pour ceux d’entre eux, qui envisagent de s’orienter dans l’éducation ou la médiation culturelle, notamment dans le domaine franco-allemand. 

Les animateurs y développent aussi une bonne capacité de travail en équipe. Il faut s’adapter chaque été à une nouvelle équipe et donc savoir participer à la création d’une bonne ambiance de travail. BILD/GÜZ finit par devenir pour les animateurs une vraie famille. Au sein de l’association, une bonne ambiance et une réelle cohésion de groupe s’installent entre les animateurs et le bureau d’organisation.

BILD/GÜZ font exercer aux jeunes étudiants/animateurs des méthodes de travail linguistique innovantes qui permettent de rendre l’apprentissage et la culture plus accessibles, car plus ludiques et plus axés sur la découverte. Les animateurs apprennent à mieux gérer et anticiper des malentendus liés aux différentes cultures et développent alors un esprit critique sur la façon de confronter les cultures, utile dans le domaine tant politique que culturel ou linguistique.

L’association BILD/GÜZ fêtera ses 80 ans en 2025. Au-delà de proposer des séjours pour la jeunesse et jeunes adultes, elle permet de mettre en avant la richesse du plurilinguisme. BILD/GÜZ encourage non seulement l’apprentissage d’une nouvelle langue, mais aussi des valeurs de compréhension, de partage et d’intérêt pour une autre culture. Elle confronte les jeunes et leurs encadrants à des situations interculturelles qui les rendent plus ouverts à la culture de l’autre et facilitent leur communication dans un espace interculturel et plurilingue.  

Pour plus d’information, ou pour vous inscrire à des formations ou des rencontres, consultez le site : 

-du BILD pour les français : http://www.bild-documents.org/

-de la GÜZ pour les allemands : https://www.guez-dokumente.org/.

Ou le compte Instagram de BILD/GÜZ : @bildguez

MS

Sources

BILD; Bild-documents; http://www.bild-documents.org/.

GÜZ; Guez-dokumente; https://www.guez-dokumente.org/.

Inconnu. 2024. “BILD-GÜZ”, Wikipedia, 12 septembre 2024, https://fr.wikipedia.org/wiki/BILD-G%C3%9CZ (03.01.2025). 

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Les parcours de vie plurilingues : histoires personnelles

Le plurilinguisme ne se résume pas à la capacité de parler plusieurs langues. Il ouvre des portes sur de multiples opportunités, une richesse culturelle et identitaire, mais aussi parfois des défis. Pour explorer les réalités et nuances de cette expérience, nous avons interrogé cinq jeunes adultes aux parcours plurilingues divers : Marlène, Manon, Léa, Morgane et Hüseyin. Leurs réponses révèlent des histoires uniques, même si nous pouvons remarquer certaines similitudes. Chaque témoignage nous montre une de ces multiples dimensions du plurilinguisme.

Présentation des participants

Marlène : Étudiante en troisième année d’études franco-allemandes à la Sorbonne Nouvelle, Marlène a grandi à Paris dans une famille franco-allemande. Élevée dans un environnement bilingue dès son plus jeune âge, elle a fréquenté des établissements scolaires valorisant les deux langues, comme le jardin d’enfants allemand et une école privée allemande. Son choix d’études supérieures montre son attachement au plurilinguisme, de même que son travail en dehors des études : elle travaille comme animatrice dans des échanges franco-allemands pour les jeunes (BILD/GÜZ).

Manon : Originaire d’Allemagne, Manon est née et a grandi dans une famille franco-allemande où le français était présent, mais où l’allemand dominait. Après avoir bien appris le français académique au collège et au lycée, elle a décidé de poursuivre ses études supérieures en France pour se reconnecter avec son identité franco-allemande. Aujourd’hui, elle vit à Paris et fait sa licence dans le domaine des relations franco-allemandes.

Léa : Étudiante en biochimie en Allemagne, Léa est née d’une mère française et d’un père allemand. Ayant grandi dans un environnement bilingue, elle a toujours navigué entre les deux langues dans sa vie quotidienne, même si, avec l’âge, l’allemand a pris le dessus. Elle considère le plurilinguisme comme un atout essentiel, que ce soit dans sa vie personnelle ou dans sa carrière scientifique.

Morgane : Née à Potsdam en Allemagne, sa famille a rapidement quitté le pays pour vivre au Monténégro en raison du travail de sa mère. Après deux ans, ils sont revenus en Allemagne où Morgane a fréquenté un jardin d’enfants forestier avant de déménager à ses cinq ans en France où elle a été inscrite dans des établissements franco-allemands. Après son baccalauréat, elle est allée en Italie pour travailler en tant que jeune fille au pair. À son retour, elle a commencé des études franco-allemandes. Passionnée par l’apprentissage des langues, elle en parle plusieurs : le français, l’allemand, l’anglais, l’italien et l’espagnol.

Hüseyin : Né en Allemagne de parents turcs-azéris, Hüseyin incarne une identité plurilingue marquée à la fois par la richesse et des défis sociaux. Élevé dans un environnement où le turc et l’azéri étaient les langues principales, il a appris l’allemand en entrant au jardin d’enfants. Aujourd’hui, étudiant en médecine, il utilise son plurilinguisme entre autres pour communiquer avec des patients.

Le plurilinguisme dans la famille

La transmission des langues au sein de la famille est le fondement des parcours plurilingues. Pour Marlène, dont la mère est allemande et le père français, la pratique quotidienne des deux langues était naturelle : « Mes parents ont toujours poussé le fait que je parle couramment les deux langues. Mon père a encouragé le fait que je parle allemand avec ma mère alors qu’il ne parle pas la langue et ils m’ont inscrite dans des institutions où je pratique les deux langues. […] Mes parents ont vraiment encouragé le développement de mon plurilinguisme.» 

Manon a vécu une dynamique légèrement différente. « Ma mère nous parlait toujours en français, à mon frère et à moi, mais nous lui répondions systématiquement en allemand. Ce n’est qu’à partir de la cinquième que j’ai réellement appris à lire et à écrire en français. » Elle souligne l’importance des rituels familiaux pour construire une identité franco-allemande au lieu de grandir dans seulement une des deux cultures : « Ma mère tenait toujours à ce que mon frère et moi ne grandissions, ni dans une culture allemande ni dans une culture française, mais dans une culture franco-allemande. Nos deux parents ont tout fait pour que nous soyons familiers avec les deux cultures et les deux langues. Chez nous, on mange typiquement français, mais les fêtes sont célébrées selon les traditions allemandes. »

Pour Hüseyin, la maison était un refuge linguistique et culturel. « Mes parents parlent turc et azéri à la maison. Ces langues sont celles de la tendresse et de l’intimité, tandis que l’allemand est resté longtemps la langue de l’extérieur. Il représente mes amitiés, mon parcours académique et mes loisirs. » Cependant, il ajoute que cette richesse linguistique n’a pas toujours été valorisée : « À l’école, j’avais souvent l’impression de devoir prouver que je parlais bien allemand et que j‘étais à ma place. Des fois, le plurilinguisme me marginalisait donc plus qu’autre chose. »

Le rôle de l’éducation dans le développement plurilingue

Le choix des institutions scolaires est souvent déterminant pour cultiver le plurilinguisme. Marlène a été scolarisée dans des établissements valorisant les deux langues : « Durant tout mon parcours, école maternelle, école et université, j’ai suivi un cursus avec l’allemand. J’étais à l’AJEFA, jardin d’enfant allemand à Paris, et dans mon école, j’étais inscrite dans la section allemande pour langue maternelle. Aujourd’hui, je fais des études franco-allemandes et j’ai passé un an d’Erasmus en Allemagne […] L’allemand et le français font partie de ma vie, car j’ai grandi avec un mélange de ces deux cultures. Je m’identifie toujours en tant que franco-allemande. »

Morgane, qui a grandi dans plusieurs pays, souligne les différences marquantes entre les systèmes éducatifs : « En Allemagne, j’étais dans une école maternelle forestière où l’apprentissage se faisait à travers la nature. En France, l’approche était beaucoup plus stricte. J’ai l’impression qu’en Allemagne, on encourage beaucoup plus l’individualité, la créativité et l’autonomie des enfants. Ces contrastes m’ont choquée quand je suis venue en France. »

Léa, qui étudie aujourd’hui la biochimie, met en avant le fait que le bilinguisme peut impliquer certains défis dans le cadre scolaire : « Être bilingue a aussi généré beaucoup de pression. Mes professeurs et les autres élèves avaient des attentes élevées à mon égard. Cette pression se traduisait souvent par la nécessité de toujours obtenir de bonnes notes et de prouver constamment mes compétences dans cette langue. » Elle souligne néanmoins aussi les avantages pour ses études de biochimie : « Dans les laboratoires et les projets de recherche, il est courant de travailler en groupes composés de personnes venant du monde entier. Ma maîtrise de l’allemand et du français, en plus de l’anglais scientifique, facilite la communication et l’intégration dans ces équipes multiculturelles. »

Plurilinguisme et crise identitaire

Le lien entre langues et identité revient souvent dans les témoignages. Marlène considère son bilinguisme comme une richesse : « Je n’ai jamais ressenti de crise identitaire liée à mes deux cultures. Au contraire, j’ai toujours été plus que fière d’être franco-allemande. C’est une de mes plus grandes fiertés. »

Pour Manon, en revanche, cette dualité a parfois été difficile à gérer : « La plus grande crise identitaire, c’est plutôt de se demander où on veut vivre/travailler. Quand je suis en Allemagne, la France me manque, et quand je suis en France, c’est l’inverse (on ne peut pas se couper en deux…). C’est une question à laquelle je n’ai pas encore de réponse. » Elle évoque aussi les moqueries qu’elle a subies : « Quand j’étais élève, ça me dérangeait lorsque les professeurs ne pouvaient pas prononcer mon nom correctement (j’ai un prénom français) […]. J’avais aussi des camarades de classe qui se moquaient souvent des Français. […] [Ça] m’a toujours perturbée, et je préférais avoir un prénom allemand. »

Hüseyin, de son côté, a subi des stéréotypes et des discriminations liés à son origine : « Il est rare qu’on m’ait directement adressé des propos racistes en face. Cependant, on ressent subtilement qu’on est perçu différemment et désavantagé. J’ai toujours eu le sentiment de devoir m’affirmer davantage. Chez mes parents, j’ai remarqué qu’ils avaient beaucoup plus de difficultés à trouver un logement que d’autres. La recherche d’emploi n’a pas été facile non plus, surtout pour ma mère, qui porte en plus un voile. […] 

Il se sent toujours comme déchiré entre deux mondes : « Personnellement, même si je maîtrise mieux la langue allemande, je ne me sens pas vraiment allemand. Si quelqu’un me demande d’où je viens, je répondrai toujours d’abord : « de Turquie ». Je pense que cela vient simplement de mon apparence et du fait qu’en tant que personne d’origine turque, on n’est jamais pleinement accepté comme allemand en Allemagne. De plus, il y a beaucoup de choses en Allemagne avec lesquelles je ne m’identifie pas du tout : la nourriture, la religion, les coutumes… mais surtout, la manière dont les Allemands sont souvent réservés, froids et distants, ce qui est très différent de ce que je connais dans ma famille ou dans la communauté turque.

D’un autre côté, je ne peux pas non plus me qualifier vraiment de Turc, car je ne suis allé en Turquie qu’en vacances et je n’y ai jamais vécu. Par ailleurs, je ne pense pas parler la langue suffisamment bien pour me considérer comme Turc. En Turquie, tout le monde entend immédiatement à mon accent que j’ai grandi en Allemagne. Mon style vestimentaire, ma manière d’être et mes habitudes me font aussi remarquer comme Allemand en Turquie. Dans les deux pays, on se sent un peu chez soi, mais aussi un peu étranger. Je crois que toute la communauté turco-allemande partage ces problèmes d’identité. »

Les avantages et défis du plurilinguisme

Tous les interviewés s’accordent sur le fait que le plurilinguisme présente des avantages professionnels. Léa souligne son importance dans ses études : « Le plurilinguisme m’offre des opportunités dans le domaine scientifique et professionnel, particulièrement en biochimie, où la collaboration internationale et la communication jouent un rôle central. » Hüseyin évoque l’idée que le plurilinguisme lui permettrait de plus facilement comprendre les terminologies dans le milieu médical et de communiquer avec des patients, notamment ceux d’origine turque.

Morgane, quant à elle, sent que les langues la poussent vers de nouvelles expériences: « Mon bilinguisme m’a donné la confiance nécessaire pour partir en Italie comme fille au pair. Même si je ne parlais pas encore l’italien du tout, je savais que je pouvais m’adapter grâce à mes compétences en langues. »

Cependant, les défis persistent, notamment en termes de pression scolaire, comme Léa nous l’a raconté. Manon aussi confie : « Je me suis souvent sentie mal à l’aise en cours, parce que les professeurs et mes camarades partaient du principe que je savais déjà tout, ce qui n’était absolument pas le cas. Il y a plein de choses que j’ai apprises à l’école, et cette pression, les attentes des autres, ça m’a souvent gênée et stressée. » 

Similitudes et différences

Malgré la diversité de leurs parcours, les interviewé.e.s partagent plusieurs points communs. En réponse à la question « Si tu devais définir le plurilinguisme en trois mots, lesquels choisirais-tu et pourquoi ? », tous mettent en avant l’ouverture d’esprit et la tolérance qu’apporte le plurilinguisme. Nous pouvons également remarquer que, pour répondre à cette question, les participants ont tous employé des termes avec une connotation très positive. 

Cependant, leurs expériences varient en fonction de leurs contextes sociaux et familiaux. Marlène et Morgane ont bénéficié d’environnements valorisant leur bilinguisme, tandis que Hüseyin a dû surmonter des obstacles sociaux liés à ses origines. Manon et Léa, quant à elles, évoquent la pression liée aux attentes élevées des enseignants et de la société.

Conclusion

Ces récits montrent que le plurilinguisme est bien plus qu’une compétence linguistique : il façonne les identités, influence les parcours professionnels et nourrit une vision du monde plus large. Chaque interviewé incarne à sa manière la richesse et les défis de cette réalité.

Dans un monde marqué par la mondialisation et ainsi de plus en plus d’échanges interculturels, le plurilinguisme apparaît comme un outil précieux. Comme Hüseyin le dit si bien : « Parler plusieurs langues, c’est élargir nos perspectives. Chaque langue que vous apprenez enrichit votre vision et votre capacité à comprendre l’autre. »

WR

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Atelier cuisine allemande

Vendredi 22 novembre à 10h, durée 4h. Café Maya Angelou, centre Paris Anim’ Pina Bausch

Attention : places limitées, réservation à service-culturel@sorbonne-nouvelle.fr

Isabel Habicht

Interview court:

1. Pouvez-vous vous présenter et raconter votre parcours, en particulier en tant qu’enseignante en langue et culture allemande ?

J’ai étudié la littérature et la langue à Fribourg-en-Brisgau, avec des séjours à Paris et en Italie. Paris est devenu une évidence pour mon doctorat, et c’est là que j’ai commencé à enseigner l’allemand comme langue étrangère. J’ai trouvé cet enseignement plus stimulant qu’un travail de recherche isolé, et j’ai eu l’occasion d’enseigner dans de nombreuses institutions, comme Sciences Po, l’École Polytechnique, HEC, et des universités en France. Aujourd’hui, je dirige le département d’allemand à HEC, ce qui est très enrichissant.

2. Pensez-vous que l’intérêt pour l’apprentissage de l’allemand a diminué en France ?

Oui, en France et en Allemagne. Par exemple, les étudiants d’origine allemands à HEC parlent peu français, ce qui est surprenant. Ici, l’allemand est encore vu comme une langue difficile et peu attractive pour le tourisme ou les loisirs. Cela affecte l’intérêt, et parfois les élèves, après des années d’études, n’ont jamais eu l’occasion de pratiquer. C’est assez surprenant, surtout que l’Allemagne est notre voisin.

3. Qu’est-ce qui vous a inspiré à explorer la cuisine végétarienne et vegan allemande ?

J’ai écrit un livre de recettes basé sur celles des mères de mes ex-partenaires. À travers la cuisine, on parle de relations humaines et d’interactions culturelles, ce qui m’intéresse. J’aime la cuisine légère et créative qu’on voit aujourd’hui en Allemagne, au-delà des clichés comme la choucroute. Je trouve inspirant qu’on puisse transformer des ingrédients comme des pois chiches en plats intéressants, sans se limiter aux substituts de viande.

4. Quel est l’objectif principal de votre atelier ?

C’est de casser les clichés, non seulement sur l’Allemagne, mais aussi sur des idées reçues. Mon but est de montrer que la cuisine végétarienne peut être intégrée au quotidien, sans prêcher le véganisme. L’idéal est de faire passer des éléments de culture allemande sans réduire tout aux clichés.

5. Voyez-vous une différence entre la cuisine végétarienne et vegan en Allemagne et en France ?

Oui, en France, le concept est encore mal compris et peu développé. En Allemagne, la cuisine végétarienne est répandue depuis les années 90 et a beaucoup évolué. Les options vegan sont plus courantes dans les cantines, même si elles restent limitées ici.

6. Pourquoi recommanderiez-vous cet atelier à ceux qui souhaitent découvrir la cuisine végétarienne ?

Parce qu’il y a toujours de nouvelles saveurs et produits à découvrir. Sortir de la routine culinaire peut nous donner des idées inspirantes, et c’est l’occasion d’essayer quelque chose de différent et d’agréable.

7. Un dernier mot pour les futurs participants ?

Apportez votre appétit ! Nous cuisinerons un dessert, puis un plat principal, et nous mangerons ensemble. N’oubliez pas de rester jusqu’à la fin pour le nettoyage !

D.S

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Exposition photo toute la semaine : « In dieser Stadt »

Lundi 18 au vendredi 22 novembre

Toute la journée

Hall d’accueil de l’université Sorbonne Nouvelle

Priscilla Pascuzzi, étudiante en master MCFA « Métiers
de la culture dans le domaine franco-allemand » et Laura Ablancourt-Maynard (alumna de la Sorbonne Nouvelle et assistante aux collections d’archives de la Fondation suisse
pour la Photographie).

EM